Contribution - Diplomatie économique : Quel bilan pour le président Macky Sall ?
A une semaine du sommet de la COP 21, dont la
cérémonie officielle d’ouverture est prévue le 30 novembre à Paris et qui doit
conduire à un accord global et contraignant de réduction d’émissions de gaz à
effet de serre, pour limiter l’augmentation des températures sous le seuil
critique des +2°C par rapport à l’ère préindustrielle : éclairage sur la
nouvelle empreinte diplomatique du président Macky Sall.
C’est un signal positif pour l’économie sénégalaise.
Le dernier pointage annuel de la Cnuced sur les Investissements directs
étrangers (Ide) réalisés dans notre pays fait état d’une hausse du montant du
stock de ceux-ci. L’hémorragie est stoppée, car les effets combinés de la
crise financière des années 2008-2009 et le choix macroéconomiques
inappropriés de la présidence Wade avaient entraîné une baisse des Ide de
l’ordre de 20%. Les investisseurs se détournaient du Sénégal quand nos voisins
de la Cedeao leur déroulaient le tapis rouge. Mais depuis l’avènement du Pse la
tendance s’est renversée et l’année 2014 qui a enregistré un flux entrant
d’investissements étrangers au Sénégal de l’ordre de 343 millions de dollars
constitue l’un des meilleurs exercices enregistrés depuis dix ans.
Derrière ces succès, l’engagement et le volontarisme
d’un homme
Depuis son accession à la magistrature suprême, le
président Macky Sall a décidé de faire de la diplomatie économique, une
priorité et un fil conducteur de son mandat afin que nos outils
diplomatiques et notre politique étrangère soit aussi mobilisés au service des
entreprises et de l’investissement au Sénégal.
Pour réussir son pari, il est sur tous les fronts de
la scène internationale où les enjeux de développements et
d’investissement sont à l’ordre du jour: de la 5éme conférence internationale
de Tokyo sur le développement de l’Afrique où le japon a décidé d’investir dans
les 5 ans à venir plus de 30 milliards de dollars en Afrique jusqu’ au sommet
de Durban en Afrique du Sud où fut créée la banque de développement Brics-
Afrique dotée d’un capital de 50 milliards de dollars. Et tout récemment au
troisième sommet Inde-Afrique, qui a réuni, pour la première fois, tous les
pays du continent africain.
En passant par le sommet pour le développement durable
qui a précédé la conférence de Paris sur le climat( COP 21 ), où jusqu’à
l’ultime étape de l’adoption des Odd et dans son intervention devant
l’Assemblée générale, il a su décliner et défendre une vision et des
objectifs dans le sens des intérêts de notre continent concernant toutes les
questions relatives au développement durable : lutte contre la pauvreté,
la faim, la santé et l’éducation, le travail décent et la croissance
économique, les énergies propres et d’un coût abordable , la lutte contre
le changement climatique, la réforme de la Gouvernance financière , la lutte
contre l’optimisation fiscale en Afrique ou la juste rémunération des matières
premières.
Mais il a su défendre, avec conviction, que la COP21
est aussi un enjeu de solidarité internationale et rappeler aux pays riches
leur engagement de 2009 à Copenhague à mobiliser 100 milliards de dollars par
an d’ici à 2020 pour aider les pays en voie de développement qui
rassemble 134 nations et 80 % de la population mondiale ; à faire face au
dérèglement climatique.
Car si il est de tradition que l’une des missions du
ministère des Affaires étrangères est de promouvoir nos intérêts économiques,
force est de constater que la diplomatie sénégalaise n’a pas toujours pu
adapter ses objectifs, ses moyens et son organisation pour faire de l’enjeu
économique une priorité et un projet politique.
Par son activisme et son volontarisme, le
président Macky Sall s’emploie à insuffler un nouvel dynamisme avec
une ténacité et une constance dans les choix à la diplomatie
sénégalaise afin qu’elle soit aussi au service de l’entreprise et des
investissements et développe un « reflexe économique ». C’est-à-dire
une diplomatie orientée au redressement économique du Sénégal par
un soutien aux entreprises sur les marchés extérieurs et capable de vendre la
destination Sénégal auprès des investisseurs étrangers. Et cela s’est
traduit notamment par une constante progression du stock des investissements
directs étrangers (Ide) au Sénégal depuis deux ans.
Rattacher l’Asepex et la Direction du commerce au
ministère des Affaires étrangères
Mais si nous voulons que notre réseau consulaire se
mobilise davantage pour soutenir nos entreprises à l’étranger il serait utile
de rationaliser leur structure et de redessiner leurs missions : par
exemple que des plans d’actions des ambassades, surtout celles situées dans les
zones de fortes croissances (Chine, Inde, zone Uemoa…) soient dotés d’un volet
économique et que des conseils économiques publics-privés leur soient dotés
pour compléter le dispositif : rattacher notre agence à l’export l’Asepex
et la direction du commerce extérieur au ministère des Affaires étrangères. Si
nous voulons booster la promotion à l’export de nos Pme/Pmi, il nous faudra
davantage mobiliser au service de nos entreprises et donc de l’emploi au
Sénégal, nos ambassadeurs ; qui s’investissent certes dans tous les
secteurs mais sans réel mode d’emploi ni soutien et relais. Réformes qui
devraient aussi aller de pair avec une simplification et une meilleure
accessibilité du dispositif. En nous inspirant du Japon qui dispose d’un
guichet unique se déclinant à tous les échelons administratifs et territoriaux
ou de la Grande-Bretagne, où l’agence UKTrade & Investment est placée
sous la double tutelle du Foreign Office et du ministère du Commerce.
Car, dans un environnement concurrentiel exacerbé, le
Sénégal doit redoubler d’efforts et d’imagination pour maintenir son rang
d’économie parmi les plus attractives de l’espace Uemoa. Dans ce cadre, les
réformes visant à renforcer l’attractivité de notre pays en investissement et
en bonne gouvernance, ainsi que celles visant à améliorer son environnement
administratif et règlementaire méritent d’être promues, vulgarisées à
l’international par nos ambassades et nos consulats pour donner à nos
entreprises des outils et les moyens d’un positionnement offensif et
durable dans la concurrence internationale. Sinon on ne captera pas ou peu les
15 à 20 millions d’emplois délocalisés de la « démondialisation » de
la Chine qui se créeront dans les 10 ans en Afrique. Car nous ne sommes pas les
seuls à vouloir attirer les investissements étrangers qui arrivent en ce moment
dans le continent africain.
Ces bons chiffres des investissements directs étrangers
et l’évolution positive de notre classement par les différentes agences
internationales (Doing Business, Forum économique mondial…), fruits de la
démarche polymorphe du président Macky Sall pour promouvoir une diplomatie
moderne et offensive afin de faire face aux exigences de la coopération
internationale dans une mondialisation de plus en plus accrue va contribuer, de
façon plus significative, au développement économique du Sénégal et ferait de
nos ambassades et consulats, des « vitrines » permanentes pour
attirer davantage les investisseurs .
Soutenir notre commerce extérieur est un impératif
mais cela passe par une meilleure mobilisation de l’expérience, du
talent, de l’énergie et de l’imagination des services de l’état, des
collectivités nées de l’acte III en vue de créer un environnement favorable au
déploiement international de nos petites et moyennes entreprises.
Par Alioune Badara SY
* Directeur de cabinet du Secrétaire d’Etat à l’Hydraulique
rurale, adjoint au Maire de Kaolack

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