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Autosuffisance en riz en 2017 : L’espoir renaît dans le Bassin de l’Anambé (Région de Kolda , au sud du Sénégal)

Les producteurs du Bassin de l’Anambé sont en train de mettre les bouchées doubles pour être au rendez-vous de l’autosuffisance en riz à l’horizon 2017, à l’instar des paysans de la vallée du fleuve Sénégal (voir notre édition d’hier). Cette zone, qui est à cheval sur les départements de Kolda et de Vélingara, compte atteindre l’objectif de 105.000 tonnes de riz qui lui est assignée, en coordination avec la Société de développement agricole (sodagri). La dynamique communautaire est le maitre-mot des producteurs de l’Anambé.


Une dynamique communautaire pour un objectif de 105.000 tonnes de riz
A cheval sur les départements de Kolda et Vélingara, le périmètre aménagé du bassin de l’Anambé est situé dans la zone agro-écologique de la Haute Casamance. Il compte aujourd’hui jouer pleinement sa partition dans l’atteinte des objectifs que s’est fixé l’Etat du Sénégal pour l’autosuffisance en riz, à l’horizon 2017. Pour atteindre les 105.000 tonnes de riz qui leur sont assignées, les producteurs et la Sodagri ont enclenché une dynamique communautaire autour de la Fédération des producteurs du bassin de l’Anambé (Feproba).

Evoquer le nom de l’Anambé, renvoie, dans les esprits, à la zone agro-écologique de la Haute Casamance qui a fini de bâtir sa réputation depuis des lustres autour de la riziculture pluviale. Dans cette zone, le riz de bas-fond et de plateau occupe une place prépondérante dans le vécu des agriculteurs. Il joue un rôle déterminant dans l’agriculture familiale. Une activité que l’avènement de la Société de développement agricole et industriel du Sénégal (Sodagri) est venue révolutionner à travers les aménagements hydro-agricoles qui ont vu le jour sur des milliers de kilomètres, au confluent de certains cours d’eaux comme la rivière Kayanga et le marigot du Koulountou.
 
La Feproba au cœur de l’action

 La mission qui a été assignée à la Sodagri dans cette zone est de diffuser auprès des producteurs, des technologies pouvant permettre de rentabiliser les investissements consentis par l’Etat et ses partenaires pour impulser le développement agricole et la production de riz en particulier. Le président de la République ne disait-il pas, lors d’une tournée économique effectuée en Casamance, que la volonté de l’Etat est de faire en sorte que les zones pluviales comprises dans des isohyètes supérieures à 800 millimètres puissent assurer non seulement leur autosuffisance mais aussi contribuer à près de 40 % aux besoins en riz pour assurer notre sécurité alimentaire ? Mieux, pour soutenir cette vision, les populations du Fouladou avaient lancé, dans le Programme national d’autosuffisance en riz (Pnar), l’ambitieux slogan « Kolda nourrit Kolda » en partant du potentiel dont regorge le bassin de l’Anambé et du rôle que joue, en ce moment, la Fédération des producteurs du bassin de l’Anambé (Feproba). 
En effet, comme l’a soutenu Assane Paye, assistant au chef de la division Suivi-évaluation de la Sodagri, depuis deux ans, les producteurs de la zone ont enclenché une dynamique organisationnelle à la base pour amener l’Anambé et ses environs à jouer le rôle qui lui est dévolu dans le programme d’autosuffisance en riz. 

Jadis en proie à d’énormes difficultés, la Fédération des producteurs du bassin de l’Anambé a, depuis bientôt deux ans, opéré une mue qui lui a permis de se hisser au rang des organisations faitières les mieux structurées du pays. Née en juillet 2000 de la volonté des producteurs du bassin d’unir leurs efforts et leurs moyens d’actions dans le souci de lutter contre la pauvreté à travers la promotion de l’agriculture familiale, la Feproba tourne autour de quatre unions hydrauliques. Elle regroupe aujourd’hui, environ 3800 membres. Ils s’activent non seulement dans les périmètres aménagés de la Sodagri mais aussi dans les vallées des différents villages de la région de Kolda. Aujourd’hui, grâce à un engagement soutenu de ses membres et l’appui des partenaires techniques et financiers, la Feproba a fini de fédérer les énergies autour d’un seul objectif : assurer l’autosuffisance en riz dans la région de Kolda à l’horizon 2017, avec une production de 105.000 tonnes de paddy sur les 1,6 million de tonnes attendues à l’échelle nationale pour tirer le Sénégal de la tyrannie des importations de riz blanc.
Toutes les contraintes sur la chaîne de valeurs levées
Si pour la Sodagri, il a été instruit de contribuer, de façon significative, à l’augmentation de la production de riz local par la mise en place d’un programme rapproché d’appui-conseil et d’aménagement des superficies culturales, pour la Feproba, il s’agit d’être au cœur de l’action et de porter le programme. Pour cela, grâce à un encadrement de la Sodagri et de certains partenaires comme l’organisation non gouvernementale flamande Veco West Africa, présente dans la zone depuis 2010, la Feproba a pu se restructurer et établir, dans la foulée, des relations positives avec tous les acteurs qui s’activent dans la production agricole. « Nous avons pu réussir à armer les producteurs et à lever toutes les contraintes liées à la gouvernance de la chaîne de valeurs », déclare Mame Birame Ndiaye, chargé du programme riz à Veco. A l’instar des organisations faitières créées au Nord, dans la vallée du fleuve Sénégal, la Feproba est devenue plus visible dans la chaîne de valeurs agricoles. Elle développe même, aujourd’hui, tout un système de contractualisation qui lui permet de maîtriser davantage la qualité et les itinéraires techniques dans la production agricole. Actuellement, c’est elle qui porte dans la région de Kolda le Programme d’autosuffisance en riz pluvial entrepris dans le Pnar.   Selon El Hadj Aly Gano, président de la Feproba, aujourd’hui, en sus de l’engagement de ses quatre unions faitières, toutes les exploitations familiales sont impliquées dans le Programme national d’autosuffisance en riz. 

L’apurement de la dette paysanne par le chef de l’Etat qui se chiffrait à 10 milliards de FCfa a été également un déclic dans cet engagement des producteurs de l’Anambé. Cette mesure a permis non seulement à la structure de se libérer de l’encours qui l’asphyxiait mais aussi de contracter dans la foulée de nouveaux engagements financiers auprès de la Caisse nationale de crédit agricole du Sénégal (Cncas). D’un montant de 414 millions de FCfa dont un apport de 10 %, ce prêt a été concédé avec un schéma de remboursement défini au préalable par la fédération des producteurs. 

« Nous avons la terre, une région bien arrosée et des producteurs engagés »

Si certaines mesures suivent comme le renforcement du matériel agricole, le président de la Feproba est convaincu que l’Anambé pourra atteindre, avant 2017, l’objectif qui lui est assigné dans le programme d’autosuffisance en riz. « Nous avons la terre, le sol est bon, la région est bien arrosée et les producteurs sont résolument engagés», a soutenu M. Gano. 

Aujourd’hui, grâce à l’appui de la Sodagri et des partenaires, la fédération des producteurs du bassin de l’Anambé a pu assurer son autosuffisance en semences de riz avec une production  globale estimée à 1700 tonnes, toutes variétés confondues, selon les indications du coordonnateur de la Feproba, Mouhamed Bassoum. Avec cette performance, les producteurs du bassin de l’Anambé  assurent non seulement leur autonomie mais ils ont vendu aux producteurs des régions de Sédhiou et de Ziguinchor 1300 tonnes de semences. 

Mamadou GUEYE et Prosper SADIO

Les producteurs déterminés à emblaver la totalité des superficies aménagées

Dans l’Anambé, les producteurs veulent honorer l’engagement pris devant le chef de l’Etat concernant le programme d’autosuffisance en riz. Cette année, ils veulent emblaver la totalité des terres aménagées en sus de leur engagement dans les bas-fonds. A elle seule, la Fédération des producteurs du bassin de l’Anambé s’est fixé un objectif de 4 000 hectares de riz en zone aménagée. 

Les producteurs du bassin de l’Anambé sont convaincus qu’il est possible d’atteindre l’autosuffisance en riz avant 2017, année retenue par les plus hautes autorités du Sénégal. Ils veulent, dès la présente campagne agricole et sous la houlette de la Feproba, donner le ton. Ainsi, dans le Programme national d’autosuffisance en riz (Pnar), ils ont pris l’engagement d’emblaver la totalité des surfaces qui seront aménagées par la Sodagri dans le bassin de l’Anambé.  Il s’agit de faire de l’Anambé la principale zone de production de riz pluvial au Sénégal, a soutenu le président de la Feproba, El Hadj Aly Gano. Grâce à une convention signée avec le Programme Pôle de développement de la Casamance (Ppdc), les producteurs du bassin de l’Anambé ont revu à la hausse leurs ambitions en prenant en charge 2000 autres hectares en zone aménagée. Ce potentiel vient ainsi se greffer aux 2000 hectares qu’ils avaient prévus cette année. Ainsi, 4000 hectares seront emblavés cette saison en zone aménagée dans l’Anambé.
« Nous comptons travailler même en contre-saison », souligne le président de la Feproba, reprenant le slogan : « L’objectif est clair. Nous voulons que Kolda nourrisse Kolda », lance M. Gano qui a salué  l’engagement de la Sodagri et du Ppdc dans ce chantier ainsi que l’implication des élus locaux et des techniciens de la Direction régionale de développement rural (Drdr).  Pour accompagner le processus, la Sodagri a décidé d’étoffer son dispositif d’encadrement et d’appui-conseil. Cette année, la structure a fait recours aux stagiaires de l’Ecole d’agriculture de Ziguinchor pour renforcer son dispositif sur le terrain. Ces derniers sont déjà à pied d’œuvre sur le terrain. « Outre les opérations d’aménagement, la Sodagri estime nécessaire de renforcer davantage le conseil rural dans les zones rizicoles afin d’accompagner les producteurs », a déclaré Assane Paye de la division de suivi-évaluation. Dans certaines localités de la région, la Sodagri développe même des synergies avec les techniciens de l’Agence nationale de conseil agricole et rural (Ancar), a ajouté M. Paye. « L’essentiel, c’est d’assurer un maillage de la région en termes d’encadrement et d’appui conseil », soutient-il.
M. GUEYE et S. P. SADIO
VALORISATION DES BAS-FONDS : 20.000 hectares à emblaver hors aménagement
Dans la mise en œuvre du Programme national d’autosuffisance en riz (Pnar), la contribution attendue de la région de Kolda, à l’horizon 2017, est de 105.000 tonnes de paddy. Pour relever ce défi, la Sodagri a décidé d’élargir son champ d’actions en valorisant 20.000 hectares hors zones aménagées, dans les bas-fonds et les plateaux de la région de Kolda. 5000 hectares sont déjà en cours d’aménagement, a déclaré Abdou Aziz Seydi, directeur technique de la Sodagri. 

Au-delà de l’aménagement des 3180 hectares dans le bassin de l’Anambé et le renforcement du programme rapproché d’appui conseil, la Société de développement agricole et industriel du Sénégal (Sodagri) est en train d’élargir son champ d’actions pour atteindre les objectifs qui lui sont assignés dans le programme d’autosuffisance en riz. 

Un vaste programme d’aménagement de 20.000 hectares pour la riziculture pluviale dans les bas-fonds et  plateaux a été initié en collaboration avec les producteurs et des partenaires comme le Programme pôle de développement de la Casamance (Ppdc). « Toutes les zones susceptibles de porter ce programme ont été déjà identifiées. Il en est de même des producteurs», a indiqué Assane Paye de la division suivi-évaluation de la Sodagri. Dans l’agenda de la Sodagri, la clé de répartition des aménagements à faire indique que le département de Vélingara portera 9500 hectares dont 1500 dans l’arrondissement de Saré Coly Sallé et 450 hectares dans le Kounkandé. A Kolda, il s’agira d’aménager 7000 hectares dont 2000 à Guiro Yéro Bocar et 1000 à Dabo. Le département de Médina Yoro Foulah vient avec un potentiel de 3500 hectares dont 800 hectares à aménager dans la mythique vallée du Sofaniama, à Ndoma.  
Rendre la double culture possible

Il s’agit, comme l’a indiqué le directeur technique de la Sodagri, Abdou Aziz Seydi, de faciliter, à travers ces aménagements, les retenues d’eau dans les bas-fonds et offrir aux producteurs les conditions de pratiquer la double culture. Le volet encadrement ne sera pas en reste. Des intrants seront également fournis aux producteurs. « C’est un système de petits périmètres irrigués que nous voulons initier à la base, auprès des petits producteurs pour booster la production de riz », a déclaré M. Ndiaye. Il révèle que dans ce vaste programme que la Sodagri compte conduire durant cet hivernage, 5000 hectares sont déjà en cours d’aménagement à l’échelle de la région. 

A Kolda, la Fédération des producteurs du bassin de l’Anambé a pris l’engagement d’emblaver environ 3000 hectares sur les 20.000 prévus en Casamance, grâce à une convention établie avec la Sodagri et le Ppdc. A ces aménagements, il faut ajouter 3000 autres hectares dont 1000 par département (Vélingara, Médina Yoro Foulah et Kolda). Cela fait un total de 6000 hectares entièrement à prendre en charge par les producteurs de la Fédération du bassin de l’Anambé. L’évolution des chantiers sur le terrain laisse entrevoir que les travaux pourront être bouclés d’ici à la fin de l’année. 

« Pour les petits périmètres irrigués, nous sommes à 30 % de réalisation et nous comptons renforcer le personnel pour accélérer les travaux », a indiqué le directeur technique de la Sodagri. 

Dans le département de Vélingara, 490 millions de FCfa de la Banque mondiale et de la coopération espagnole ont permis à la Sodagri de poser les premiers jalons de ce vaste programme d’aménagement de petits périmètres irrigués à Sinthiang Koundara, Bonconto et dans le Wassadou. A côté de ces périmètres aménagés dans les bas-fonds et les plateaux, la Sodagri développe également un autre programme d’aménagement de périmètres maraîchers à Kolda et à Vélingara. Elle compte réaliser aussi des magasins de stockage dans chaque commune.
M. GUEYE et S. P. SADIO

PRODUCTION DE SEMENCES CERTIFIEES : Ferme engagement de fournir 600 tonnes de semences

Faire de 2017 un horizon à partir duquel le Sénégal n’importera plus un seul kilogramme de riz comme souhaité par le chef de l’Etat Macky Sall, passe par certains préalables tels que la reconstitution du capital semencier et l’introduction de variétés plus performantes. Dans ce chantier, la Feproba est en train de mettre les bouchées doubles. 

Une lettre-circulaire du ministère de l’Agriculture et de l’Equipement rural en date du 11 mai 2015, adressée à la Fédération des producteurs du bassin de l’Anambé (Feproba) demande à celle-ci de mettre, cette année, à la disposition des riziculteurs du Sénégal, 600 tonnes de semences certifiées dans le Programme national d’autosuffisance en riz (Pnar). Ce qui n’est pas une requête de trop. Cette demande de l’autorité découle des résultats engrangés sur le terrain en production de semences de riz. Pour la présente campagne, la Feproba a vendu au Projet Pôle de développement de la Casamance (Ppdc) 1300 tonnes de semences. Une première. 

 En effet, en dépit des multiples atouts dont elle disposait, la région de Kolda faisait recours à la production semencière de la vallée du fleuve Sénégal pour combler son déficit. Aujourd’hui, ce déficit est un vieux souvenir.
Grâce à l’accompagnement de l’Ong flamande Veco West Africa, les producteurs de la Feproba se sont spécialisés dans la production de semences de riz, toutes variétés confondues. Dès sa restructuration, la Fédération des producteurs du bassin de l’Anambé s’était donnée comme objectifs d’aller vers une spécialisation des producteurs à travers une approche programme. Plusieurs dizaines de producteurs affiliés aux unions et aussi des privés se sont ainsi consacrés uniquement à la production de semences.
L’apport décisif du privé national

En dépit du déficit pluviométrique enregistré l’année dernière, ces derniers ont réussi la performance historique de produire 1700 tonnes de semences certifiées à partir des variétés hâtives et à haut rendement obtenues de AfricaRice. Une performance que veut rééditer la Feproba. De la Bg 90.2 à la Dj 11.509 en passant par les variétés à cycle court comme les Nerica et les différents types de Sahel, la région de Kolda, grâce aux performances enregistrées l’année dernière, a non seulement assuré son autonomie en semences de riz mais va en fournir à d’autres régions, selon les besoins exprimés par le ministère de l’Agriculture et de l’Equipement rural. Sur le terrain, cette organisation est en train d’accélérer la cadence pour boucler les opérations de cession des semences avant les premières pluies. Sur place, on a pu constater de visu que les opérations se déroulent normalement. 

Sans verser dans l’autosatisfaction, le président de la Feproba, El Hadj Aly Gano, indique que s’il ne s’agit que du volet semences, Kolda peut déjà se réjouir d’avoir relevé le défi de l’autosuffisance.

Le concours de certains privés a été également d’un apport décisif dans cette opération. Dans le bassin de l’Anambé, le privé national n’a pas attendu l’appel des pouvoirs publics pour s’intéresser à la production de semences. Comme dans la vallée du fleuve, il s’est lancé dans cette opération. L’année dernière, deux producteurs privés, Karamba Kébé et Cheikh Akim Mbacké, ont produit 200 tonnes de semences de riz. Un engagement qui a permis de booster la production de semences dans la zone, a souligné Assane Paye de la Sodagri. Les membres de la Feproba ne comptent pas pour autant baisser les bras. Au contraire, ils ont décidé de poursuivre, cette année encore, la production de semences non seulement dans la zone aménagée du bassin mais aussi dans les plateaux et les bas-fonds. Des conventions ont  été signées à cet effet avec la Sodagri et le Programme pôle de développement de la Casamance (Ppdc).

A terme, il s’agit de répondre aux besoins globaux de la Casamance naturelle en semences voire combler le déficit un peu partout au Sénégal, a déclaré Issa Baldé, secrétaire général de la Feproba.
M. GUEYE et P. SADIO

Le Programme pôle de développement de la Casamance s’implique

Outre les efforts de l’Etat, les producteurs de l’Anambé peuvent compter, cette année, sur l’accompagnement du Programme pôle de développement de la Casamance (Ppdc). Comme l’a soutenu un responsable de la Sodagri, le Ppdc est en train d’apporter son concours à la Fédération des producteurs du bassin de l’Anambé et à la Sodagri pour impulser la production de semences certifiées dans la zone et assurer à la Casamance une autonomie dans ce domaine. Sur le terrain, le Ppdc, qui s’est impliqué dans la fourniture de semences certifiées de riz en Casamance, achète une bonne partie de la production de l’Anambé, à travers une convention liant le projet et  la Fédération des producteurs de l’Anambé. Une autre convention Sodagri/Ppdc prend en charge, en partie, les travaux d’aménagement de nouvelles terres dans l’emprise du bassin de l’Anambé tout comme dans les exploitations familiales, renseigne Assane Paye, responsable à la division de suivi-évaluation de la Sodagri.
M. GUEYE et S. P. SADIO

La traçabilité des opérations assurée par un suivi rapproché

Stockées après récolte dans les magasins de conditionnement placés sous le contrôle de la Fédération des producteurs du bassin de l’Anambé (Feproba), les quantités de semences de riz produites font l’objet d’un suivi de la part des acteurs. L’objectif visé est de faire en sorte que les quantités convoyées dans les villages et hameaux ne fassent l’objet de détournement, a expliqué El Hadj Aly Gano, président de la Feproba. « Un dispositif mis en place par la Feproba et soutenu par la Sodagri et le Ppdc nous permet d’assurer la traçabilité des semences », a-t-il fait remarquer. Il s’agit de suivre le producteur et de l’encadrer, de la cession des semences jusqu’à la récolte. Pour sécuriser le capital semencier, le producteur contractant est tenu de livrer à la Feproba une partie de sa récolte à l’issue de la campagne. Auparavant, il bénéficiait, en sus de la subvention allouée par l’Etat, de celle de la Feproba à hauteur de 80 %, entre autres mesures incitatives. Ce schéma, comme l’a rappelé le président de la Feproba, permet non seulement de responsabiliser le producteur mais aussi de sécuriser le capital semencier à la base. « Le producteur exploite et restitue, à la fin des opérations, la récolte à hauteur de 1,5 tonne du rendement au profit de l’organisation faitière », explique-t-il. Grâce à une convention qui la lie au Programme pôle de développement de la Casamance, la Feproba a décidé d’impliquer l’ensemble des collectivités locales dans la production de semences de qualité. Selon les estimations, chaque commune aura besoin de cinq tonnes de semences de riz dans ce programme.
M. GUEYE et P. SADIO
Du matériel agricole mis à la disposition des petits producteurs

Dans son programme de développement de la riziculture en Casamance, la Société de développement agricole et industriel du Sénégal (Sodagri) dispose d’un important volet équipement en matériels agricoles. Il vise, à terme, à résoudre l’équation du déficit enregistré dans ce domaine.   

Le déficit en matériels agricoles demeure une contrainte pour le développement de la riziculture en Casamance. Pour inverser cette tendance, l’Etat a entrepris un vaste programme de fourniture d’équipements en milieu rural. La zone de l’Anambé n’a pas été en reste dans ce processus. Cependant, les producteurs de la zone jugent encore insuffisants les efforts fournis et plaident pour le renforcement du matériel déjà en place. La Sodagri n’a pas hésité à prendre à bras-le-corps cette doléance. Elle prévoit de mettre, cette année, à la disposition des producteurs, des tracteurs agricoles équipés de barres oscillantes et de crochets de remorquages avec un distributeur hydraulique, des pulvériseurs offset, des sous-socleurs, des charrues réversibles à disques, des billonneurs à corps et des remorques fourragères. Selon le directeur technique de la structure, trois autres motoculteurs et motofaucheuses ainsi que des batteuses à riz et des décortiqueuses viendront s’ajouter au lot déjà octroyé par le président de la République aux producteurs de l’Anambé, lors de sa tournée économique. Autant d’efforts susceptibles de contribuer à la résolution de la sempiternelle équation du déficit en matériels agricoles dans le bassin de l’Anambé. Les producteurs sont convaincus que l’équipement rural reste un pilier essentiel pour l’atteinte des objectifs assignés à la zone. 

Ils déplorent, dans la foulée, les nombreuses pertes post-récoltes enregistrées chaque année dans la vallée faute de matériel adapté. Les mêmes difficultés sont aussi notées à l’installation des cultures. Une période où les producteurs se disputent le peu de matériel lourd existant, a déploré El Hadj Aly Gano, président de la Feproba. 

M. GUEYE et P. SADIO
Une sensibilisation tous azimuts

Pour soutenir la dynamique en cours dans le bassin et l’engouement suscité par le programme d’autosuffisance en riz, les acteurs impliqués ont décidé d’appuyer sur le levier de la sensibilisation. Aucun segment de la société n’a été exclu dans ce processus.  

De Kolda à Vélingara, en passant par Médina Yoro Foulah, les acteurs de la riziculture sont en train de multiplier les campagnes de sensibilisation pour faire du programme d’autosuffisance en riz, un véritable succès dans le Fouladou. Plusieurs ateliers de sensibilisation ont été tenus pour expliquer aux populations les enjeux de la politique gouvernementale en production de riz. Dans l’Anambé, où elle intervient depuis 2010, l’Organisation non gouvernementale belge Veco West Africa, n’a pas voulu être en reste dans ce combat. En collaboration avec la Fédération des producteurs du bassin de l’Anambé, elle est en train de dérouler un vaste programme de sensibilisation à la base. 

« Nous partons de l’impact des importations sur la balance commerciale et la crise alimentaire de 2008 pour souligner la nécessité d’atteindre enfin l’autosuffisance en riz au Sénégal », a déclaré Mame Birame Ndiaye, le chargé du programme riz à Véco. Il plaide également pour la création d’une plateforme des partenaires intervenant dans la filière afin de développer davantage une synergie autour du programme de l’Etat. « Pour lever les contraintes et armer davantage les producteurs, les acteurs de la chaîne de valeurs doivent miser sur une démarche beaucoup plus constructive », a ajouté M. Ndiaye. Dans leur démarche, les acteurs embrassent également toutes les politiques entreprises par l’Etat en sécurité alimentaire et le rôle prépondérant que joue le riz dans la satisfaction des besoins alimentaires d’une population qui augmente sans cesse.

 Il a été souvent rappelé aux acteurs que la production nationale actuelle de riz couvre à peine 20 % de la demande intérieure  satisfaite au prix des importations de l’ordre de 650.000 à 850.000 tonnes pour une enveloppe financière estimée à 165 milliards de francs Cfa par an. Une tendance qu’il urge d’inverser sur la voie de l’émergence, a indiqué Babacar Touré, responsable régional de Veco West Africa. Son organisation a ainsi entrepris, aux côtés des producteurs de l’Anambé, un projet de formation et de sensibilisation des acteurs pour une gouvernance beaucoup plus efficiente de la chaîne de valeurs riz. « Etablir des relations plus positives entre acteurs est aussi une nécessité pour relever le défi de l’autosuffisance et de la sécurité alimentaire », a rappelé Babacar Touré.
M. GUEYE et S. P. SADIO

FALLOU SARR, CHEF DU SERVICE CEREALES ET LEGUMINEUSES DE L’ITA : « Le riz local expose moins aux conséquences de la consommation excessive de sucre »
Le riz produit localement est-il de bonne qualité ?

La qualité s’est nettement améliorée par rapport aux années passées. Cette amélioration, nous l’avons obtenue grâce au travail de plusieurs structures telles que l’Institut de technologie alimentaire, la Saed, les organisations faitières et les partenaires techniques et financiers qui ont beaucoup aidé, essentiellement dans l’équipement des unités de transformation. La qualité du riz commence depuis les cultures par le choix des sols, les itinéraires techniques, les technologies post-récoltes telles que la transformation et le transport. L’ensemble de ces facteurs détermine la qualité du produit. Par ailleurs, la conjugaison de l’ensemble de ces efforts ont fait que le riz produit au Sénégal, particulièrement dans la vallée du fleuve Sénégal est un riz dont la qualité s’est sensiblement améliorée.
Sur quoi vous vous fondez pour dire que la qualité du riz local s’est sensiblement améliorée ?
 
Principalement sur la présentation du produit et les caractéristiques organoleptiques du riz mis à la disposition du consommateur. Il y a de cela quelques années, le riz produit localement n’était pas bien conditionné. Il était aussi quelques fois non adapté au goût et à l’usage du consommateur sénégalais, hétérogène et présentait parfois des cailloux. La recherche s’est penchée sur ces problèmes et a trouvé des variétés qui correspondent aux goûts des consommateurs sénégalais. Aujourd’hui, des séries de variétés sont développées par l’Institut sénégalais de recherches agricoles (Isra) et AfricaRice (un organisme de recherche international qui a une antenne à Ndiaye, situé à une cinquantaine de kilomètres de Saint-Louis). Il s’agit des variétés Sahel et Nerica (New rice of Africa ou nouveau riz pour l’Afrique). 

Sur les aspects technologiques, il y a une nette amélioration dans la transformation, avec en amont, un système de nettoyage du riz paddy. Il y a également un dispositif en aval qui permet de trier le riz en différentes catégories et tailles de grain. Aujourd’hui, nous avons du 100 % brisé, du 100 % entier et du riz intermédiaire. Cela est très important. En effet, pendant la cuisson, si l’on a du riz dont les grains sont de tailles différentes, ils n’auront pas le même temps de cuisson. Il y aura donc du riz trop cuit, moyennement cuit et pas du tout cuit. Le tri étant fait avant la cuisson, on aura le même degré de cuisson. Cela participe à la qualité du riz.  
Est-ce que des recherches sont en cours pour une meilleure valorisation du riz produit localement ?

Depuis 2009, nous travaillons sur l’introduction d’une technologie appelée « étuvage du riz ». Le riz fait partie de ces céréales qu’on ne peut pas manger sans traitement préalable. En effet, il faut le décortiquer avant de pouvoir le manger. Il est démontré que le décorticage a un méfait sur la qualité nutritionnelle du grain parce que les nutriments recherchés dans la céréale que sont les sels minéraux, les vitamines et même les protéines, sont perdus au cours du décorticage. La technologie de l’étuvage consiste à faire migrer ces nutriments, avant le décorticage, des balles à l’intérieur du grain. Le processus comprend le trempage à chaud, le séchage et la pré-cuisson avant le décorticage. Pendant la pré-cuisson, il y a une gélatinisation du grain blanc qui permet de le compacter et le rendre plus résistant à l’abrasion et de préserver ainsi une bonne partie de ces nutriments. Ainsi, après décorticage, le taux de minéraux, de vitamines et de protéines est sensiblement plus élevé par rapport au grain issu du paddy qui n’a pas été étuvé avant décorticage. Les résultats montrent que ces nutriments sont conservés à plus des deux tiers comparativement au riz décortiqué sans le même procédé. Aujourd’hui, dans la vallée du fleuve Sénégal, notamment au Pont Gendarme, une organisation de femmes produit du riz étuvé et le commercialise à 8 00 FCfa le kilogramme. L’étuvage permet donc d’ajouter de la valeur nutritionnelle et de créer des revenus pour les transformatrices.
       
Quels sont les avantages liés à la consommation du riz local ?

Le riz, comme toutes les céréales, a plus de sucre avec l’âge. Et le sucre peut être lié au diabète. Souvent, le riz importé a une durée de vie moyenne d’au moins trois ans parce que les pays exportateurs ne vendent pas généralement du riz de l’année mais celui qui est plus âgé et qui était en stock. C’est pourquoi nos importateurs l’achètent à un prix généralement moins cher. Ce riz déclassé a un taux de sucre plus élevé dont la consommation pourrait exposer une hyperglycémie et probablement au diabète. La différence est importante pour le consommateur. En mangeant le riz produit localement, il consomme un riz moins vieux avec moins de sucre. Il s’expose donc moins aux conséquences de la consommation excessive du sucre.  Par ailleurs, la consommation du riz produit localement permet de contribuer a l’équilibre de la balance commerciale du pays en diminuant les importations.
Propos recueillis par M. GUEYE et P. SADIO
Engouement pour la riziculture de vallée et de plateau

La région de Kolda est en train de se faire une vocation dans la riziculture pluviale. Cette région dispose d’atouts pour relever ce défi : sols riches, bonne pluviométrie et réel intérêt des producteurs pour ce programme.

La riziculture pluviale, naguère délaissé par les agriculteurs, connaît un nouveau souffle. Un engouement qui inspire de l’optimisme au préfet du département de Vélingara, Amadou Matar Cissé. « Dès  cette campagne, nous pouvons atteindre les objectifs fixés à la région de Kolda dans sa contribution à l’autosuffisance en riz, à l’horizon 2017, pour la riziculture pluviale, si les acteurs sont impliqués et soutenus », estime l’autorité administrative qui souligne qu’il va lui-même s’y mettre pour « montrer l’exemple ».
Regain d’intérêt de la riziculture

Depuis la tournée économique du président Macky Sall, en février dernier, dans la région naturelle de Casamance qui regroupe les régions de Ziguinchor, Sédhiou et Kolda, les populations ont manifesté un réel intérêt pour le programme du gouvernement d’atteindre l’autosuffisance en riz, à l’horizon 2017. « De grands producteurs de coton qui avaient délaissé la riziculture, s’intéressent, à nouveau, à cette spéculation », constate Boune Oumar Bousso, directeur régional de la Sodefitex à Vélingara. « Chaque jour, ils viennent à la Sodefitex pour demander des semences. Ils veulent emblaver entre 10 et 20 hectares », ajoute M. Bousso. 

A côté de ces initiatives privées, on note aussi un élan communautaire pour contribuer à l’atteinte de l’autosuffisance en riz. Chaque village de la région de Kolda a pris l’engagement d’emblaver cinq hectares de riz grâce à un travail de sensibilisation des maires et des autorités administratives déconcentrées. «Pensez à ce que cela représente dans un département comme Vélingara qui compte plus de 500 villages », indique le préfet Amadou Matar Cissé. Avec cet engagement, rien que le département de Vélingara dépassera les 3.900 hectares assignés, cette année comme objectif, à la région de Kolda pour la riziculture pluviale. 

Cet engouement découle d’une volonté politique forte. « Kolda nourrit Kolda » pour libérer le Sénégal de la tyrannie de l’importation du riz. Cette ambition portée par le président Macky Sall a insufflé une nouvelle dynamique dans le bassin de l’Anambé.
Rencontres avec les acteurs pour lister les besoins

Pour coordonner toutes ces initiatives, les autorités administratives déconcentrées organisent, à tous les échelons (des sous-préfets au gouverneur en passant par les préfets),   des rencontres avec les acteurs de la filière pour avoir une nette idée des besoins en semences, en intrants et expliquer les objectifs fixés par le ministère de l’Agriculture et de l’Equipement rural pour la présente campagne. Dans l’arrondissement de Sare Coly où se trouvent la Sodagri et les périmètres aménagés, le sous-préfet a présidé un comité local de développement qui a vu la participation des agriculteurs et des éleveurs. A l’issue de la rencontre, l’autorité administrative a pris un arrêté d’interdiction de la divagation des bêtes pour prévenir les risques de conflits entre éleveurs et agriculteurs liés aux destructions des semis et des champs par les animaux. 

Idem pour le préfet de Vélingara qui a organisé, le 08 juin dernier, un comité départemental de développement au siège de la Sodagri. 

« C’était pour faire le point sur les surfaces à emblaver, les besoins en semences pour la riziculture des vallées et de plateau », précise-t-il. « La meilleure manière d’atteindre l’autosuffisance à terme consiste à généraliser la riziculture de plateau », affirme le préfet de Vélingara. « Si nous parvenons à mettre en œuvre ce programme avec l’encadrement nécessaire, nous dépasserons largement les attentes », assure Amadou Matar Cissé. 

La riziculture sous pluie suscite beaucoup d’espoirs dans le bassin de l’Anambé et dans la région de Kolda d’une manière générale. Jadis délaissée par les jeunes et les femmes, ils ont investi à nouveau la riziculture, entrainant une forte demande de terres, surtout dans les périmètres aménagés. « L’Union du secteur a reçu des demandes pour 2.700 hectares alors que nous ne disposons que de 900 hectares. Cela est la preuve que la riziculture connaît un regain d’intérêt dans notre région », déclare Issa Baldé, président de l’Union du secteur 5 des périmètres aménagés du bassin de l’Anambé.
Forte demande de terres

Ce nouveau souffle s’observe également à travers le dynamisme de la Fédération des producteurs du bassin de l’Anambé (Feproba). Cette fédération, qui, dans un passé récent, était acheteur de semences, est devenue, grâce à l’appui de l’Ong belge Veco, fournisseur de semences. Pour la présente campagne, la Feproba a vendu 1.300 tonnes de semence au Programme pôle de développement de la Casamance (Ppdc) destinés aux producteurs des régions de Sédhiou et de Ziguinchor. Les ressources tirées de cette vente ont permis à cette organisation d’éponger les dettes des producteurs qui n’avaient pas réalisé de bonnes récoltes. Mieux, aujourd’hui, la Feproba est devenue une interlocutrice privilégiée des institutions financières. Toutes ces demandes de crédits sont satisfaites, souligne, avec fierté, Issa Baldé.

Dans le bassin de l’Anambé, Les rendements à l’hectare sont en moyenne de huit tonnes dans les périmètres aménagés contre trois pour le riz de plateau et dans les vallées. Les terres sont bonnes et nombreuses, la pluviométrie est abondante. Il reste le soutien des pouvoirs publics pour des productions qui répondent aux attentes. 

M. GUEYE et S. P. SADIO
La Feproba aide les étuveuses à se professionnaliser

Dans leur désir de promouvoir la consommation du riz local particulièrement le riz étuvé, l’Union des femmes étuveuses de Soutouré peut compter sur le soutien de la Fédération des producteurs du bassin de l’Anambé (Feproba). Cette organisation est en train d’étudier un schéma pour  la mise sur le marché d’un riz de qualité avec un bon circuit de distribution. Dans ce sens, la Feproba a demandé à la commune de Diaobé un terrain où sera construit un centre commercial dédié à la vente du riz local. Cette organisation a également décidé d’affecter une partie de son financement obtenu auprès de la Caisse nationale de crédit agricole du Sénégal (Cncas) à l’Union des femmes étuveuses.  Dans cette région, les femmes sont très actives dans la production rizicole. 

Le partenaire Veco, une Ong belge, mettra le matériel complémentaire pour l’étuvage qui faisait défaut. Avant la prochaine campagne de commercialisation, l’union des femmes étuveuses de Soutouré disposera d’un centre d’étuvage moderne avec un four, des bassines, des palettes de séchage du riz, un thermomètre, un humidimètre, des blouses, etc., se félicite Fatoumata Coumba Mandiang, secrétaire générale de l’union des femmes étuveuses de Soutouré.  
M. GUEYE et S. P. SADIO
Les femmes de l’Anambé se mettent

à l’étuvage du rizAprès les femmes du Pont gendarme dans la région de Saint-Louis, celles du bassin de l’Anambé se sont aussi mises à l’étuvage du riz. Elles ont subi plusieurs formations à Soutouré (siège de la Sodagri) dispensées par l’Institut de technologie alimentaire (Ita) et à l’étranger. « Nous avons été au Mali et au Burkina Faso pour voir comment les femmes font l’étuvage », déclare en souriant Fatoumata Coumba Mandiang, secrétaire général de l’Union des femmes étuveuses de Soutouré. 

L’étuvage permet de conserver presque tous les nutriments du riz, c’est-à-dire les sels minéraux, les vitamines et même les protéines (lire l’interview de Fallou Sarr, chef du service céréales et légumineuses de l’Ita).

L’étuvage était pratiqué par nos grands-mères, le Sénégal a accusé du retard dans le développement de cette technologie par rapport à des pays comme le Mali, le Burkina Faso, la Guinée-Bissau. L’Union des femmes étuveuses de Soutouré a remis au goût du jour cette technologie, avec le souci d’utiliser une technologie à la pointe dans ce domaine. Sept d’entre elles ont séjourné à Bamako (Mali) et à Bobo Dioulasso (Burkina Faso et dans d’autres localités où la technologie est très développée).  De retour à Soutouré, ces femmes ont partagé leurs connaissances. « Nous connaissons l’étuvage tel qu’il était pratiqué par nos mères et grand-mères. Ce séjour à l’étranger nous a permis de nous imprégner des technologies à la pointe », déclare Fatoumata Coumba Mandiang.   

L’étuvage donne du riz plus économe

Le souhait de l’Union des femmes étuveuses de Soutouré est de vulgariser cette technologie à une échelle plus large pour que cette technique devienne un réflexe naturel dans toutes les familles productrices de riz. Pour ce faire, un appui des autorités ou des partenaires est nécessaire pour multiplier les sessions de formation dans les localités et les hameaux où la riziculture est pratiquée, estime  Fatoumata Coumba Mandiang. « Cela permettra d’améliorer le régime alimentaire  des populations et d’accroître les revenus tirés de la commercialisation du riz », ajoute-t-elle. En plus des nutriments (sels minéraux, vitamines, protéines), le riz étuvé est plus économe. « Si la consommation d’une famille était de quatre kilogrammes, avec le riz étuvé, elle réduit sa consommation de moitié », indique Issa Baldé. « Avec le riz étuvé, ma consommation journalière est passée de huit à quatre kilogrammes », souligne-t-il. 

De plus, le rapport qualité-prix est intéressant. L’Union des femmes étuveuses de Soutouré  cède le kilogramme à 300 FCfa, soit la moitié du prix du kilogramme cédé par les femmes du Pont gendarme, au Nord du pays. Aujourd’hui, leurs clients viennent de Dakar, de Touba, de la Gambie et de la Guinée Bissau. Ce riz est bien coté sur le marché international de Diaobé. « Nous écoulons notre riz étuvé à  l’occasion de chaque marché hebdomadaire. Mais les autres jours, nous entassons nos sacs », se désole Fatoumata Coumba Mandiang qui souhaite que les populations locales s’y mettent elles aussi. 

Un riz prisé au marché de Diaobé

En effet, malgré les vertus du riz étuvé, les femmes préfèrent encore le riz brisé importé de la Thaïlande et des autres pays asiatiques. « Quand le monsieur de l’Ita (Ndr : Fallou Sarr, chef du service céréales légumineuse) est venu nous dispenser une formation sur l’étuvage, il a cuisiné le riz local. C’était succulent et nous avons bien mangé ce jour-là », se souvient, en éclatant de rire, Fatoumata Coumba Mandiang. L’un des défis est donc de former le plus grand nombre de femmes sénégalaises aux techniques de cuisson du riz local. Cela favoriserait sa consommation à grande échelle et contribuerait ainsi à l’équilibre de la balance commerciale du Sénégal. De plus, la consommation du riz local pourrait constituer une réponse aux nombreux cas de d’hyperglycémie notés au Sénégal, selon les experts.  En effet, il est démontré que plus le riz gagne en âge, plus il engrange du sucre qui expose les consommateurs à certaines maladies comme le diabète. 

M. GUEYE et P. SADIO
La transformation, le talon d’Achille du programme

Le combat pour l’autosuffisance en riz se mène avec enthousiasme dans le bassin de l’Anambé. Mais l’élan risque d’être brisé par le manque d’unités modernes de transformation du riz paddy en riz blanc répondant aux normes et exigences de qualité des femmes sénégalaises dont beaucoup sont encore réfractaires au riz local pourtant de meilleure qualité. 

Le nouvel élan noté dans la riziculture dans la région de Kolda risque d’être brisé si rien n’est fait pour mettre en place des unités modernes de transformation du riz. Avec un objectif de 400.000 tonnes de riz paddy à l’horizon 2017, cette région ne dispose d’aucune unité de transformation du riz digne de ce nom. Celles qui existaient ont fermé boutique. La plus importante que l’Etat avait cédée à un entrepreneur malien a mis aussi la clé sous le paillasson à cause d’arriérés de factures.

Cette situation a causé un préjudice à la Fédération des producteurs du bassin de l’Anambé (Feproba) qui avait reçu commande de 750 tonnes de riz blanc du Programme alimentaire mondial.

Malheureusement, faute d’unité de transformation, l’organisation n’a pu honorer cette commande. « C’est un manque à gagner énorme », se désole le président de la Feproba Ali Gano. Les acteurs sont unanimes à souligner que si les producteurs ne parviennent pas à écouler leur production, ils vont délaisser, à nouveau, cette spéculation. 

De plus, pour asseoir les conditions d’une réussite de cet ambitieux programme d’autosuffisance en riz, le Sénégal doit être capable de mettre sur le marché un riz de qualité qui réponde aux exigences du consommateur. La plupart des femmes sont encore réfractaires au riz produit localement. 

Elles préfèrent le riz importé parce que, avancent-elles, sa cuisson est plus facile. Il faut, à l’instar de ce qui se fait au Nord du pays (dans la vallée du fleuve), promouvoir l’implantation de rizeries modernes qui permettront une nette amélioration de la qualité du riz.  Sur ce plan, deux options s’offrent à l’Etat : soit installer par ses moyens des unités modernes de transformation du riz paddy, soit, par des mécanismes d’incitation, pousser des entrepreneurs privés à investir ce créneau. Cette dernière option a permis de faire, dans la vallée du fleuve, des avancées significatives dans la mise sur le marché du riz local. Elle emporte également l’adhésion de nombreux acteurs.
M. GUEYE et S. P. SADIO

MOUSSA BALDE, DIRECTEUR GENERAL DE LA SODAGRI : « La région de Kolda devrait produire au minimum  100.000 tonnes de paddy pour cette campagne »
La région de Kolda pourra, dès cette campagne rizicole, dépasser les objectifs de production fixés par le ministère de l’Agriculture et de l’Equipement rural en terme de production, rassure le directeur général de la Sodagri, Moussa Baldé. Ce sera grâce à la mise à disposition de semences certifiées, d’engrais et une mécanisation progressive. Des mesures complétées par un dispositif d’appui-conseil.

Lors de la visite du chef de l’Etat dans le bassin de l’Anambé, vous aviez pris l’engagement d’aménager 3180 hectares. Où est-ce que vous en êtes ?

Il s’agit de réhabilitation et non d’aménagements. Comme ont dû le constater vos équipes sur place, les travaux sont en cours. Sur la base des contrats que nous avons signés avec les entreprises qui ont gagné ces marchés, les travaux doivent être terminés le 30 juin 2015. 

Comment expliquez-vous le retard noté dans l’exécution des travaux d’aménagement qui seront, selon les prévisions, à 60 % ?
 
L’explication est simple. Les entreprises n’ont pas respecté la totalité de leurs engagements. Cependant, nous avons pris toutes les dispositions pour que les parcelles soient prêtes pour être emblavées le 30 juin 2015. Le reste des travaux ne concernera que la réhabilitation des pistes de production.

Pour la présente campagne agricole, quel est le dispositif de mise en place des semences, des engrais et autres intrants à temps ?

En ce qui concerne la Sodagri, nous  avons fait de la région de Kolda le pilote pour l’extension de nos activités. Le but visé est que la région soit autosuffisante dès cette année. Grâce au ministère de l’Agriculture et de l’Equipement rural via le Programme national d’autosuffisance en riz (Pnar) et le Programme Pôle de développement de la Casamance (Ppdc), nous allons fournir  des semences certifiées sans apport à tous ceux qui veulent  faire du riz. La mise en place de ces semences a bien démarré et nous pensons boucler le processus avant la fin juin. Pour les engrais, nous demandons aux producteurs de s’organiser afin d’accéder aux subventions.

En ce qui concerne le matériel agricole qui est un intrant très important, en plus du matériel acquis en février, nous allons réceptionner, cette semaine, 15 motoculteurs, 15 batteuses, 15 faucheuses, 15 décortiqueuses destinés aux vallées du département de Vélingara. En effet, nous envisageons de donner des semences et de faire de l’appui-conseil pour au moins 20.000 hectares dans la région de Kolda, hors du périmètre aménagé. Pour l’appui conseil, la Sodagri  a recruté, en début juin, 11  agents dont quatre  ingénieurs et sept agents techniques d’agriculture pour couvrir toute la région de Kolda.

Le département de Médina Yoro Foula est difficile d’accès, surtout dès que les pluies commencent à tomber. Avez-vous pris en compte cet aspect dans la mise à disposition des semences et intrants ? 

Toutes les dispositions ont été prises. Il n’y a pas de craintes à se faire. En tout cas, j’ai mobilisé toutes mes équipes pour que les semences soient aux mains des producteurs avant la fin du mois de juin.

Quels sont les objectifs fixés à la région de Kolda dans sa contribution à la réalisation de 1,2 million de tonnes de riz paddy pour la présente campagne ?
 
La région de Kolda devrait produire, au minimum,  100.000 tonnes de paddy pour cette campagne. C’est un objectif que nous allons atteindre, compte tenu des potentialités agricoles de la région.

Quel levier allez-vous actionner pour l’atteinte de l’objectif fixé par le ministère de l’Agriculture et de l’Equipement rural ?  

Il faut agir sur tous les maillons de la chaîne de valeurs riz.
Il s’agit d’intrants de bonne qualité avec une mise en place optimale par rapport au temps, une mécanisation progressive, efficiente et durable, un système de financement de la production viable, une bonne politique de commercialisation. C’est avec un grand plaisir que je vous annonce que les producteurs du bassin de l’Anambé  ont engrangé pas moins d’un milliard de FCfa de revenus sur la campagne 2014. Cela leur a permis, entre autres,  de payer toutes leurs dettes de campagne  contractée auprès de la Cncas.

Sur le terrain, les producteurs ont décrié l’insuffisance de machines pour emblaver suffisamment de terres. Comment comptez-vous régler ce problème ?

Lors de la visite en février du président Macky Sall à Anambé, nous avions réceptionné trois tracteurs. Le comité de gestion du matériel agricole du bassin à réparé quatre tracteurs qui étaient à l’arrêt. Si l’on ajoute les tracteurs des privés, nous pensons pouvoir compter sur 20 tracteurs pour cette campagne. Vu le retard constaté sur l’installation de l’hivernage, nous allons avoir une petite fenêtre pour emblaver. C’est pour cela que nous continuons de prospecter pour convaincre des  privés à venir faire des prestations de servies dans le bassin.
Quid du matériel de récolte ?

Les quatre  nouvelles moissonneuses réceptionnées au même moment que les tracteurs que j’ai déjà évoqués n’attendent que les récoltes pour entrer en jeu. A la fin des emblavures, nous ferons le point pour savoir le nombre exact de moissonneuses dont on aura besoin pour avoir une bonne récolte.
Comment expliquez-vous l’absence, dans le bassin de l’Anambé et dans la région de Kolda, d’unités modernes de transformation du riz paddy en riz blanc ?
 
La transformation du riz est du ressort du secteur privé. Le but de tout investisseur, c’est d’avoir un bon retour sur investissement. Il se trouve que la production de riz  n’était pas suffisante pour faire tourner une bonne rizerie ces dernières années. La donne est en train de changer radicalement avec un privé  qui a décidé de mettre dans le bassin une rizerie d’une capacité de 50 tonnes par jour. Le propriétaire de la rizerie d’Anambé qui est à l’arrêt depuis belle lurette envisage de la réhabiliter. D’autres privés sont en train de faire des études  pour installer de petites unités hors du bassin. 

Quelle sont les mesures prises pour régler ce problème crucial dans la mise sur le marché d’un riz de qualité répondant aux exigences du consommateur sénégalais?   

Installer de bonnes rizeries capables de sortir du riz d’une qualité égale voire  supérieure au riz importé.

Propos recueillis par M. GUEYE et S. P. SADIO

REDEFINITION DES MISSIONS DES ZONES DE PRODUCTION, DOUBLE CULTURE… : Les « sept fondements de la rupture » prônés par Papa Abdoulaye Seck
 
Le Sénégal doit opérer « sept fondements de la rupture » pour atteindre l’autosuffisance en riz à l’horizon 2017, explique dans un document le ministre de l’Agriculture et de l’Equipement rural, Papa Abdoulaye Seck. Ces ruptures « permettront d’agir avec efficacité et efficience pour changer positivement et durablement la physionomie de notre riziculture ». 

Le ministre de l’Agriculture et de l’Equipement rural, Papa Abdoulaye Seck, compte sur « les sept fondements de la rupture » pour mener le Sénégalà l’autosuffisance en riz à l’horizon 2017. Ces ruptures, estime M. Seck dans un document, « permettront d’agir vite, d’agir avec efficacité et efficience pour changer positivement et durablement la physionomie de notre riziculture ». La première rupture consiste à une « redéfinition de la contribution des zones de production rizicole ». « Au lieu de miser sur 80 % de la production en irrigué et 20 % en pluvial, la nouvelle démarche opte pour 60 % en irrigué et 40 % en pluvial ». Selon le ministre, il s’agit surtout de développer la riziculture de plateaux, de bas-fonds et de mangrove dans le Sud (Kolda, Ziguinchor et Sédhiou), le Sud-Est (Tambacounda et Kédougou) et le Centre (Fatick, Kaolack et Kaffrine) en utilisant les variétés Nerica 1, 4, 5 et 6 pour le riz de plateau et Nerica L et Nerica S-44 pour le riz de bas-fonds « qui donnent des rendements de quatre à six tonnes par hectare contre 1,5 tonne par hectare pour les variétés traditionnelles.
Redéfinir la mission des zones de production

Papa Abdoulaye Seck préconise en deuxième point une « redéfinition de la mission des zones de production pour l’approvisionnement du Sénégal en riz ». Dans cette redéfinition, la vallée du fleuve Sénégal aura pour mission d’approvisionner les centres urbains comme Dakar, Thiès, Touba, etc. Un éventuel surplus de production pouvant être exporté ou transféré dans des zones déficitaires. Quant aux zones qui reçoivent plus de 800 mm de pluies, Papa Abdoulaye Seck estime qu’elles peuvent assurer leur propre autosuffisance, « d’où le refrain ‘Kolda nourrit Kolda en riz’ Tambacounda nourrit Tambacounda »…

Si le Sénégal veut atteindre l’autosuffisance en riz, M. Seck recommande comme troisième rupture de reconstituer le capital semencier. Il suggère trois pistes : importer des variétés homologuées au Sénégal, contractualiser avec les centres internationaux pour fortifier notre capital de semences de pré-base et assurer une production endogène améliorée grâce à un soutien de la recherche et aux acteurs intervenant dans les chaînes de valeur. En quatrième point, le ministre de l’Agriculture et de l’Equipement rural estime nécessaire d’assurer la maîtrise de l’eau, grâce à l’accélération du rythme de réalisation des aménagements hydro-agricoles et au développement de la petite irrigation. C’est ce qui explique que la nouvelle stratégie accorde une importance aux bas-fonds.
Intensifier la double culture

Le ministre explique en cinquième point qu’il faut « intensifier la double culture qui n’est que de 10 % environ ». A son avis, « cela est possible grâce à une meilleure utilisation des variétés à cycle court existantes, à la promotion de la mécanisation pour maîtriser le calendrier de la préparation des sols, de la récolte et du battage et à l’amélioration du mécanisme de commercialisation ». En sixième point, il appelle à « augmenter le coefficient de transformation du riz paddy et améliorer la qualité grâce à des opérations post récolte mieux maîtrisées ». Dans le dernier fondement de rupture, le ministre invite le Sénégal à « miser sur une mécanisation associant le savoir-faire de nos artisans » par la production de batteuses et l’importation de matériel motorisé assemblé par les Sénégalais.
Malick CISS
ANALYSE
Les préalables à l’autosuffisance

Oui, l’autosuffisance en riz en 2017, c’est possible ! Il suffit de se rendre dans la Vallée du fleuve Sénégal pour se rendre compte du potentiel énorme dont dispose notre pays : 240 000 hectares de surfaces cultivables, rien que pour le lit mineur du fleuve, de l’eau en abondance et une certaine expertise des populations dans la culture du riz. Mais disposer d’un potentiel est une chose, en tirer profit est une autre. Certes, il y a eu des acquis. Les chercheurs ont développé des variétés à cycle court – condition pour pratiquer la double culture – parfaitement adaptées aux conditions climatiques, offrant les meilleurs rendements au monde : huit tonnes à l’hectare, avec des pics de 12 tonnes. Il y a aussi une meilleure organisation de la filière.

Des gains de productivité ont été notés avec une augmentation de la production de plus de 100 000 tonnes en 2014-2015 par rapport à la moyenne des dernières années, d’après les chiffres officiels. Et l’épineuse question de la commercialisation a été plus ou moins réglée avec la mise en place d’un fonds de commercialisation de cinq milliards de FCfa.

Il est aussi heureux de constater une volonté politique affichée au plus haut sommet de l’Etat. Cependant, le défi reste de taille. Le renforcement des facteurs de production (aménagement de nouvelles surfaces, mécanisation, mise en place des intrants) est d’une importance capitale. Certes, avec ses partenaires, l’Etat est en train de faire des efforts dans ce sens, mais il faudra sans doute accélérer la cadence, si l’on sait que 2017 c’est dans…un an et demi. 

En outre, malgré l’effacement de la dette paysanne, l’équation du financement n’est pas totalement résolue. Beaucoup de petits producteurs éprouvent des difficultés pour accéder au crédit. Certains spécialistes estiment qu’il faut en moyenne 20 milliards de FCfa pour avoir une campagne réussie. Les banques en mettraient la moitié. Beaucoup d’entre-elles, à l’exception de la Caisse nationale de crédit agricole du Sénégal (Cncas), rechignent à intervenir dans un secteur jugé risqué. C’est à l’Etat de créer les conditions, par le biais de mesures incitatives, pour que celles-ci acceptent de financer l’agriculture.

L’autre grand défi, c’est la transformation et le règlement de la question foncière. Le rapport qu’ont les populations avec la terre dans cette partie de la Vallée freine sa mise en valeur. Sans attendre les conclusions de la Commission nationale sur la réforme foncière (Cnrf), il faudra trouver la formule pour permettre aux privés d’intervenir dans la production afin d’accélérer le processus d’autosuffisance. Il faudrait aussi une discrimination positive en faveur des femmes, qui sont en première ligne dans cette bataille du nord pour l’autosuffisance en riz, mais qui peinent à accéder au foncier et au financement. Si ces préalables sont réglés à temps, le seul maître-mot qui vaille c’est : au travail !
Seydou KA
Raisons d’espérer

A Saint Louis, un restaurateur a affirmé ne plus servir du riz local parce qu’il perdait sa clientèle. Quel procès sincère peut-on faire à ce monsieur ? Doit-on le juger parce qu’il suit le désir de sa clientèle ? Doit-on lui imposer de cuisiner local au point de ne pas respecter ses engagements vis-à-vis de son bailleur et de ses fournisseurs ? 

Ce sont là des questions légitimes qu’on peut bien se poser, mais ce serait bien aussi, dans nos jugements, de prendre en compte ses raisons. Quoiqu’il advienne, la problématique du consommer local va au-delà de ce restaurateur. Autant il est important d’investir dans la production, autant il est important d’investir dans la communication de masse pour promouvoir le riz local. C’est bien, les aménagements faits par la Saed. C’est aussi bien, les recherches faites par l’Isra, tout comme le travail des institutions comme la Dpv, l’Ancar ou la Cncas. Mais, il faut le dire, ce n’est pas encore suffisant. C’est du moins ce que pensent des acteurs de la chaîne des valeurs riz comme les producteurs par exemple.

Depuis l’avènement de ces instituts sus évoqués, beaucoup de choses positives ont été faites. Il est vrai que le chemin parcouru n’a pas été facile. Cette réussite de l’Etat central a été possible avec l’appui, bien sûr, des partenaires techniques et financiers. Ainsi, sur le plan gustatif, des variétés comme le Sahel 108, le Sahel 329 et le Sahel 328 sont créées. C’est aussi le cas avec le Riz avancés pour l’Afrique (Arica) et les variétés naturellement aromatisées. Ces variétés-là peuvent, à tout point de vue, rivaliser avec celles en provenance du Sud-Est asiatique dont raffolent les clients de notre restaurateur. Il est alors impérieux de les médiatiser auprès du grand public. 

C’est bien que les chercheurs répondent aux exigences des consommateurs et que des efforts soient faits pour en arriver à des productions record mais si rien n’est fait pour vulgariser ces variétés auprès des consommateurs, les efforts risquent d’être vains. 

Il le faut, puisqu’annuellement, le pays ne met pas moins de 200 milliards de FCfa dans l’importation de riz. Consacrée dans le riz local, cette manne pourrait radicalement changer l’économie  sénégalaise. Ce sont, entre autres, ces raisons-là qui doivent nous pousser à consommer local.
Aly DIOUF

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